Dans l’éducation spécialisée, on parle souvent de « juste distance » comme si c’était un concept de philosophe. En réalité, ce n’est ni un secret, ni une posture magique. C’est juste la capacité que l’on a – ou que l’on travaille – à rester adulte dans la relation, même quand tout pousse à réagir autrement. Rien de spectaculaire. Rien de révolutionnaire. Juste du professionnalisme.
La juste distance n’est ni un mur, ni un détachement émotionnel. C’est un positionnement. On est présent, disponible, mais pas englouti. On comprend ce que vit le jeune sans basculer dedans. On accompagne sans confondre l’aide et la fusion. Et surtout, on tient un cadre stable. Parce que le cadre, ce n’est pas pour nous. C’est pour lui.
Dans le quotidien, ça se voit très vite. Un jeune teste, provoque, attaque parfois directement. La mauvaise distance, c’est d’y aller sur l’ego, de répondre au même niveau, ou de vouloir « gagner ». À l’inverse, l’autre écueil consiste à se retirer, à esquiver, à éviter le conflit… au point de disparaître du cadre. L’un comme l’autre crée de l’insécurité. Pour lui comme pour nous.
La juste distance, c’est ce qui permet de dire :
« J’entends ce que tu vis, mais je reste à ma place. Je ne me perds pas dedans. Et je garde le cap. »
Aucune froideur là-dedans. Juste de la solidité. Une forme d’adulte stable qui ne varie pas au gré de la météo émotionnelle d’un jeune en construction.
Soyons honnêtes : personne ne naît avec la juste distance. On l’apprend. On la cherche. On l’ajuste. Et souvent, on la découvre en se trompant. Les moments où on s’emporte trop. Ceux où on lâche trop vite. Ceux où on se fait aspirer dans l’histoire du jeune sans s’en rendre compte. C’est normal. Ce métier s’apprend sur le terrain, pas dans les livres.
Ce qui compte, ce n’est pas d’être parfait, c’est d’être capable de se remettre en question:
« Là, j’ai glissé. La prochaine fois, je ferai autrement. »
Et c’est ça, au fond, la vraie professionnalité éducative : pas la rigidité, mais la capacité à se repositionner.
La juste distance n’est pas une théorie abstraite. C’est le résultat logique d’un adulte qui sait pourquoi il est là, ce qu’il protège, et comment il le fait. C’est être clair, être stable, et transmettre au jeune ce message simple :
« Je suis là, je t’accompagne, mais je ne me perds pas dans ce que tu traverses. »
Pas besoin d’en faire un mythe. C’est juste la base d’un accompagnement solide.
COEDO
Collectif d’éducateurs libéraux – Grand Est
Réflexions issues du terrain et du travail éducatif au quotidien.
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