On demande souvent aux jeunes d’être organisés, concentrés, calmes, flexibles… comme si tout ça allait de soi. Sauf que dans la vraie vie, une grande partie de ces compétences dépend des fonctions exécutives, et ces fameuses fonctions ne sont pas “évidentes” pour tout le monde. Elles se construisent, s’entraînent, se renforcent. Et parfois, elles sont fragilisées, immatures ou saturées.
Les fonctions exécutives, c’est ce qui permet de planifier, d’inhiber une impulsion, de changer de stratégie, de rester attentif, de terminer une tâche sans se perdre en route. En gros, c’est le tableau de bord interne.
Si ce tableau est en surcharge ou mal câblé, on peut demander ce qu’on veut : le jeune ne pourra pas produire ce qu’on attend. Pas parce qu’il ne veut pas, mais parce que ça déborde.
Dans le quotidien éducatif, on voit souvent la même scène :
« Tu savais ce qu’il fallait faire, alors pourquoi tu ne l’as pas fait ? »
Parce qu’entre savoir et faire, il manque une passerelle. Et cette passerelle, ce sont précisément les fonctions exécutives.
Elles permettent de transformer une intention en action, une consigne en comportement, un objectif en organisation. Sans elles, la consigne reste théorique.
Comprendre ça change tout.
Ça évite de prendre pour de la provocation ce qui relève d’une vraie difficulté.
Ça évite d’exiger de la maîtrise émotionnelle à quelqu’un qui n’a pas encore les outils internes.
Ça évite de s’épuiser à répéter, punir, sanctionner des “comportements” qui sont en réalité des limites neurodéveloppementales.
Adapter nos attentes, ce n’est pas excuser.
C’est rendre l’exigence réelle et atteignable.
Un jeune avec des fonctions exécutives fragiles a besoin de structure, d’étapes, de repères visuels, de temps, et surtout d’un adulte qui comprend que « organise-toi » ne veut rien dire si je ne sais pas comment on fait.
On ne développe pas les fonctions exécutives en criant dessus.
On les développe en proposant des contextes où l’effort devient possible :
tâches fractionnées, choix limités, rappels concrets, routines stables, environnement qui soutient plutôt qu’il ne surcharge.
Il faut surtout arrêter de croire que « à force, il va comprendre ».
Non. Ce n’est pas une question de comprendre.
C’est une question de pouvoir mobiliser les bons leviers au bon moment.
Et ça, sans outils, sans structure et sans accompagnement, ça n’arrive pas par magie.
Reconnaître l’état réel des fonctions exécutives d’un jeune, c’est remettre du réalisme dans nos interventions.
C’est arrêter de confondre immaturité et mauvaise volonté.
Et c’est accepter que le rôle de l’adulte, ce n’est pas d’exiger une compétence qui n’existe pas encore, mais d’aider à la construire – sans s’épuiser et sans infantiliser.
Comprendre les fonctions exécutives, ce n’est pas ajouter un concept de plus.
C’est juste remettre du sens dans l’accompagnement.
Et ça change immédiatement la manière dont on pose nos attentes.
COEDO
Collectif d’éducateurs libéraux – Grand Est
Réflexions issues du terrain et du travail éducatif au quotidien.
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