Dans le travail éducatif, on parle beaucoup de posture, de cadre, de cohérence. Mais on oublie souvent un levier pourtant central : la transmission entre professionnels. Pas la transmission officielle, formelle, inscrite dans un classeur ou un logiciel. La vraie. Celle qui se fait (ou ne se fait pas) entre deux collègues qui se relaient, se remplacent, ou travaillent ensemble autour des mêmes jeunes.
Quand la transmission est pauvre, floue ou absente, ce ne sont pas seulement les professionnels qui se retrouvent en difficulté. Ce sont surtout les jeunes qui en paient le prix.
Une mauvaise transmission crée de l’incohérence.
Une bonne transmission crée de la continuité.
Sans transmission claire, chaque éducateur repart de zéro. Il réinterprète la situation, reteste le cadre, redécouvre les points sensibles, parfois répète les mêmes erreurs. Le jeune, lui, reçoit des messages contradictoires : ce qui était possible hier ne l’est plus aujourd’hui, ce qui était posé disparaît, ce qui était tenu se relâche. Résultat : insécurité, tests répétés, montée en tension.
La transmission n’est pas un luxe.
C’est une condition de stabilité.
Transmettre, ce n’est pas tout dire.
Ce n’est pas raconter la journée minute par minute.
C’est transmettre ce qui est utile pour accompagner.
Une transmission efficace porte sur :
les repères importants pour le jeune,
les limites posées et tenues,
ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas,
les points de vigilance,
l’état émotionnel du jeune au moment du relais.
Elle ne sert pas à se justifier, ni à se décharger. Elle sert à permettre à l’autre de reprendre le fil sans casser ce qui a été construit.
Le problème, c’est que la transmission est souvent vécue comme une contrainte supplémentaire. Manque de temps, fatigue, changements d’équipe, remplacements successifs… On fait “au plus vite”. On note l’essentiel… ou ce qu’on croit être l’essentiel. Et petit à petit, la continuité se fissure.
Une équipe solide n’est pas une équipe où tout le monde fait pareil.
C’est une équipe où chacun sait ce que l’autre porte.
La transmission est aussi un acte de respect professionnel. Elle reconnaît que le travail ne s’arrête pas à la fin de notre service. Elle inscrit l’accompagnement dans un temps long, collectif, où chacun est un maillon, pas un îlot isolé.
Il faut accepter une réalité : on n’accompagne jamais seul. Même quand on est en face du jeune, on représente l’équipe, l’institution, le cadre commun. Une transmission claire permet d’éviter que tout repose sur la mémoire, l’intuition ou l’improvisation.
Dans une structure avec beaucoup de remplacements, les transmissions se limitaient à quelques phrases rapides. Les comportements explosaient régulièrement en début de service. En retravaillant des transmissions courtes mais ciblées (cadre posé, limites en cours, points sensibles), les débordements ont nettement diminué. Les jeunes retrouvaient une continuité, même avec des adultes différents.
Transmettre, ce n’est pas perdre du temps.
C’est en faire gagner à tout le monde.
Une bonne transmission protège le jeune, soutient le collègue, et renforce la cohérence institutionnelle.
La négliger, c’est fragiliser tout l’accompagnement, souvent sans même s’en rendre compte.
COEDO
Collectif d’éducateurs libéraux – Grand Est
Réflexions issues du terrain et du travail éducatif au quotidien.
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