Ce métier ne s’abandonne pas en un jour. On ne se lève pas un matin en décidant d’arrêter parce qu’une situation a été trop dure ou qu’un jeune a dépassé les limites. On lâche plutôt par accumulation. Par petites fissures. Par fatigue silencieuse. Et souvent, sans même s’en rendre compte.
Tenir dans la durée n’a rien à voir avec la résistance héroïque. Ce n’est pas “encaisser plus”. Ce n’est pas “s’endurcir”. C’est apprendre à durer sans se trahir.
Ce qui fait lâcher, ce n’est pas la difficulté du terrain.
C’est l’isolement.
C’est l’impression de porter seul ce qui devrait être partagé.
C’est la confusion entre engagement et sacrifice.
Tenir, c’est d’abord comprendre que tout ne dépend pas de nous. Certains accompagnements avancent lentement. D’autres stagnent. D’autres encore régressent avant de bouger. Ce n’est ni un échec personnel, ni un manque de compétence. C’est la réalité du vivant. Vouloir des résultats rapides et visibles à tout prix est l’un des chemins les plus courts vers l’épuisement.
Tenir dans la durée, c’est aussi accepter de ne pas être toujours disponible de la même manière. Il y a des jours où l’on est solide, présent, aligné. Et d’autres où l’on fait “correctement”, sans briller. Et c’est suffisant. Ce métier ne se joue pas sur l’intensité d’un jour, mais sur la constance dans le temps.
Un autre point clé, c’est la clarté de la place. Quand on commence à faire à la place du jeune, à porter ses émotions, ses échecs, ses responsabilités, on se met en danger. Tenir, c’est rester à sa place. Ni en retrait, ni en fusion. Juste là où l’on est utile.
Tenir, c’est aussi pouvoir parler. Dire quand ça fatigue. Dire quand ça déborde. Dire quand on doute. Les professionnels qui durent ne sont pas ceux qui n’ont jamais de fragilité, mais ceux qui ne restent pas seuls avec.
Sur le terrain, on voit souvent des professionnels solides s’user non pas à cause des jeunes, mais parce qu’ils n’osent plus dire qu’ils sont fatigués. À l’inverse, ceux qui tiennent sont souvent ceux qui ont appris à lever le pied à temps, à demander un relais, à accepter de ne pas tout porter.
Tenir dans la durée, ce n’est pas aimer le métier tous les jours.
C’est continuer à lui donner du sens, même quand l’enthousiasme baisse.
C’est ajuster sa posture pour rester juste, pas parfait.
On ne tient pas parce qu’on est plus fort.
On tient parce qu’on apprend à se respecter autant que l’on respecte les jeunes.
COEDO
Collectif d’éducateurs libéraux – Grand Est
Réflexions issues du terrain et du travail éducatif au quotidien.
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