On croit souvent bien faire en laissant beaucoup de choix aux jeunes.
On pense que plus ils ont d’options, plus ils sont autonomes.
Dans la réalité éducative, c’est souvent l’inverse qui se produit.
Trop de choix ne libèrent pas.
Ils saturent.
Pour certains jeunes, devoir choisir entre plusieurs options mobilise une charge cognitive énorme. Il faut comprendre les consignes, comparer, anticiper les conséquences, se projeter… Autant d’étapes que leur cerveau n’est pas toujours en capacité d’assumer, surtout quand la fatigue, l’émotion ou le stress sont déjà présents.
Résultat :
hésitation interminable,
opposition déguisée,
refus de choisir,
agitation,
ou explosion comportementale.
Et on finit par interpréter ça comme de la provocation ou du “je m’en fiche”, alors qu’il s’agit souvent d’un trop-plein.
Limiter les choix, ce n’est pas retirer de la liberté.
C’est rendre la décision possible.
Un cadre éducatif efficace ne propose pas tout.
Il propose juste assez.
Deux choix clairs valent mieux que cinq flous.
Un choix guidé vaut mieux qu’une liberté théorique impossible à saisir.
Par exemple, dire :
“Tu préfères commencer par les devoirs ou par la douche ?”
est souvent beaucoup plus opérant que :
“Tu fais comme tu veux, organise-toi.”
Dans le premier cas, le jeune peut agir.
Dans le second, il doit penser, planifier, décider, gérer… et souvent il n’y arrive pas.
Limiter les choix permet :
de réduire la charge cognitive,
de sécuriser le cadre,
de diminuer les tensions,
et de favoriser le passage à l’action.
L’autonomie ne se décrète pas.
Elle se construit progressivement, à partir de décisions simples, répétées, réussies.
Dans un groupe, un jeune entrait systématiquement en opposition lors des temps du soir. Les éducateurs proposaient “plus de liberté” pensant apaiser la situation. En réalité, le jeune restait bloqué, passif, puis explosait. Le jour où l’équipe a réduit les choix à deux options constantes, posées calmement, les soirées sont devenues plus fluides. Le jeune ne se sentait plus perdu face à trop de possibles.
Limiter les choix, c’est offrir un appui.
C’est permettre au jeune d’expérimenter la réussite dans la décision, avant de lui demander davantage.
L’autonomie ne naît pas du vide.
Elle naît d’un cadre suffisamment structurant pour soutenir l’action.
COEDO
Collectif d’éducateurs libéraux – Grand Est
Réflexions issues du terrain et du travail éducatif au quotidien.
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